Discours du Procureur général
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50 ans de la Cour d’appel de Mons
C’est avec émotion que je prends la parole à présent pour célébrer les 50 ans d’existence de la cour d’appel de Mons. Cinquante années d’engagement, de rigueur et de travail acharné. Cinquante années durant lesquelles le parquet général a évolué, s’est adapté, et a toujours su rester fidèle à sa mission fondamentale : garantir l’État de droit et protéger les citoyens.
Depuis 1975, notre parquet général s’est transformé. D’un organe essentiellement tourné vers le contrôle de la légalité des poursuites, il est devenu un acteur stratégique de la politique criminelle, capable d’anticiper les mutations de la société et de répondre aux défis contemporains : cybercriminalité, violences intrafamiliales, criminalité grave et organisée, enjeux environnementaux...
Ces très nombreux défis n’auraient pu être relevés sans le travail, le sens des responsabilités et l’implication totale des procureurs généraux qui se sont succédés en imprimant chacun leur marque, leur style et leur empreinte, toujours dans un esprit d’équipe et de cohésion totale :
- Jules LECLERCQ (1975 (A.R. 17/10/1974) – 1983), 1er procureur général de Mons ;
- Georges DEMANET (1984 – 1997)
- Gaston LADRIERE (1997 – 2007)
- Claude MICHAUX (2007 – 2013)
- Ignacio DE LA SERNA (2014 – 2022)
5 procureurs généraux qui ont contribué à faire du parquet général de Mons ce qu’il est aujourd’hui et auxquels j’ai eu l’honneur de succéder pour poursuivre leur œuvre.
Au cours de ces années , l’équipe du parquet général de Mons a géré nombre d’ affaires marquantes, tragiques, complexes largement médiatisées. Je pense ainsi plus particulièrement à :
-l’affaire des tueurs du Brabant avant que ce dossier soit fédéralisé ;
-L’affaire dite du dépeceur de MONS en 1996 ;
- l’affaire de l’assassinat de l’inspecteur Simon PONCELET de la PJ de Mons en 1997;
-l’affaire dite « de la filière boraine » ;
- l’affaire BONGIORNO consorts concernant la disparition du journaliste Stéphane STEINIER).
- l’affaire de la catastrophe de Ghislengien ;
- l’affaire des euthanasies de la Dorcas ;
- l’affaire « Sadia » tuée par les siens pour avoir refusé un mariage forcé ;
- l’affaire WESPHAEL Bernard du nom de ce parlementaire wallon ;
- l’affaire de l’assassinat du bourgmestre de Mouscron ;
- l’affaire de la mort tragique de la petite Mawda ;
Plus près de nous, le drame de Strépy-Bracquegnies, qui a récemment bouleversé toute la région du Centre et devrait trouver son épilogue devant la cour d’assises du Hainaut courant de l’année 2026 dans le cadre d’un procès de très grande envergure qui peut déjà être qualifié d’exceptionnel.
La cour d’appel de Mons peut parfois prêter à sourire étant la plus petite cour d’appel du Royaume .. située en outre, dans le Hainaut, province souvent pointée du doigt pour sa délinquance importante, sa situation économique et sociale difficile, son taux de chômage élevé et ses chancres industriels… .
Et pourtant nous n’avons pas à rougir et nous pouvons être fiers de notre petite cour d’appel au vu de la qualité du travail fourni que ce soit en termes d’avis, de réquisitoires ou d’arrêts rendus dans des délais que beaucoup d’autres nous envient. En dépit de ses difficultés économiques et sociales, le Hainaut est une région où il fait bon vivre, où la solidarité, la fraternité, l’entraide et le sens de l’humour ne sont pas des notions vides de sens.
Cette solidarité nous la retrouvons d’ailleurs dans le travail que nous fournissons au quotidien comme un lien invisible mais solide entre magistrats, juristes, greffiers et employés administratifs tous animés du même sens du service public.
Cette capacité à travailler ensemble, à se soutenir, à se remettre en question, à innover sans jamais renier nos valeurs, c’est la véritable force de notre petite juridiction montoise.
Je forme le vœu que les 50 prochaines années soient à la hauteur de celles que nous venons de parcourir : exigeantes, accaparantes mais ô combien passionnantes et porteuses de sens en dépit de conditions de travail souvent difficiles, de moyens structurellement insuffisants mais surtout du manque de considération pour le pouvoir de l’Etat que nous sommes.
Le 27 juin 2025, un millier de magistrats, greffiers, avocats et membres du personnel judiciaire se sont rassemblés au palais de justice de Bruxelles pour une action sans précédent. Dans une salle comble, les plus hauts magistrats du pays ont signé une déclaration commune appelant à une revalorisation urgente du pouvoir judiciaire. Nous avons réclamé des moyens dignes pour exercer nos missions, des bâtiments rénovés, des outils modernes, et surtout, la reconnaissance de notre rôle social fondamental pour la démocratie.
Ce jour-là, nous avons fait corps. Nous avons montré notre cohésion et notre détermination. Puisse ce signale être entendu et susciter le sursaut urgent qu’il réclame.
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Si le travail en équipe rend souvent les choses plus faciles, lorsqu’un membre de cette équipe s’en va, elle se retrouve un peu orpheline.
Le 1er octobre prochain, au sein du parquet général de Mons, nous serons tous un peu orphelins suite au départ à la retraite de l’un des nôtres : Mr le 1er AG Lété nous quittera en effet pour profiter d’une retraite ô combien méritée. C’est peu dire que nous perdrons alors un de nos piliers…
Fraîchement licencié en droit avec distinction de l’université catholique de Louvain en 1983, Monsieur le Premier avocat général Lété, vous avez effectué votre stage au barreau de Mons au sein du cabinet de Me FRANCOIS.
Il ne vous fallut toutefois pas longtemps pour rejoindre le ministère public d’abord en qualité de stagiaire judiciaire au sein du parquet de Mons, puis comme substitut du procureur du Roi d’abord au parquet de Bruxelles puis au parquet de Mons, période au cours de laquelle vous avez même concomitamment été délégué pour exercer les fonctions de substitut de l’auditeur du travail de Mons.
Vous rejoindrez rapidement le parquet général de Mons en 1996 d’abord dans le cadre d’une délégation puis en qualité de substitut du procureur général en 1998, avant d’être désigné avocat général en 2003 et 1er avocat général le 15 février 2016.
Cela fait donc 40 ans que vous vous consacrez au ministère public dont vous avez eu l’occasion de découvrir et d’explorer toutes les facettes même les plus ardues… .
C’est en effet sans aucune hésitation que vous avez accepté d’assurer l’accusation en degré d’appel de ce dossier mammouth dit de « la catastrophe de Ghislenghien » que vous avez étudié sous toutes ses coutures et dans lequel vous avez requis une journée entière en jonglant entre des préventions plus techniques et complexes les unes que les autres devant un parterre de nombreux avocats , prévenus et parties civiles.
C’est toujours sans hésiter que vous avez accepté de vous investir et de prendre en charge des contentieux extrêmement techniques tels que celui des privilèges de juridiction ou des dossiers disciplinaires, domaines qui ne présentent plus aucun secret pour vous.
Toujours disponible pour épauler vos collègues confrontés à un problème de procédure, nous avons été nombreux à profiter de vos judicieux conseils, de votre documentation très bien fournie et structurée ou de vos nombreux modèles.
Animé par un sens inégalé du service public, vous avez mis un point d’honneur à réserver systématiquement suite aux courriers de doléances, d’interrogation voire de plaintes pourtant parfois très farfelus, émanant de justiciables.
Vous avez de même assumé de manière remarquable la fonction de procureur général ad interim entre le départ de Monsieur de la Serna pour la Cour de cassation et ma nomination le 5 décembre 2022.
Monsieur le Premier avocat général, je vous remercie pour toutes ces années de dévouement et de compétence dans l’excellence au service de la Justice et des justiciables. Votre investissement a été total et exemplaire dans les multiples tâches et missions qui vous ont été confiées au cours de ces quarante années passées au sein du ministère public.
Je vous remercie enfin vivement d’avoir accepté de rédiger et de prononcer cette mercuriale, avec l’investissement en temps y consacré et la charge de travail que cela représente.
C’est donc avec plaisir et mais surtout une grande émotion que je vous cède à présent la parole.
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