Le ministère public est présent au Dour Festival. Pas pour profiter de la musique et des spectacles mais bien pour encadrer l’action des forces de police en matière, principalement, de lutte contre les stupéfiants. Petit aperçu au milieu des festivaliers, des chiens et des substances prohibées.
Des tentes, des sièges pliables, des frigo-box, des sacs de toutes les tailles et de toutes les couleurs, des chariots remplis outre mesure… : la foule qui se pressait, mercredi en début d’après-midi, à l’entrée du Dour Festival (16-20 juillet 2025) ne venait pas pour un soir mais pour s’installer dans le camping qui a rapidement pris des allures bigarrées sous un Soleil ardent uniquement interrompu par des nuages bourgeonnants.
Mais avant d’y parvenir, il fallait passer par l’étape du contrôle. Dans la longue allée menant au site proprement dit, les chiens-drogues se sont succédé pour détecter les individus aux odeurs suspectes.
Des contrôles menés par la zone de police des Hauts-Pays, dirigée par le chef de corps Patrice Degobert. Avec l’appui de la police fédérale (venue avec son hélicoptère et son drone), ce sont 40 à 50 agents qui sont présents chaque jour. Le site du Dour Festival, c’est en effet quelque 170 hectares où se croisent quotidiennement 30.000 à 50.000 personnes.
« Le filtrage des festivaliers (mais aussi des bénévoles, etc.) s’effectue principalement grâce aux chiens, qui agissent de manière active (l’animal aboie au moment où il sent quelque chose) ou passive (il s’assied devant l’individu en possession de stupéfiants), explique Frédéric Bariseau, procureur de division du parquet de Mons – division de Tournai. Les maîtres se baladent également sur le site du festival. Les chiens, tenus par une longe, ont ainsi tout le loisir de désigner les personnes d’où provient une odeur de stupéfiants. »
Une fois qu’une personne est suspectée, direction la « Wasstraat » - un quartier de conteneurs aménagés nommé comme un car-wash en référence au fait qu’en plusieurs étapes, on s’y voit délesté des matières problématiques. Les chiens y reprennent leur travail, s'attardant de manière plus approfondie sur les sacs, valises et autres contenants pour y trouver tout ce qui ne devrait légalement pas s’y trouver.
Viennent après les fouilles au corps (si cela s’avère nécessaire) mais aussi l’identification par le laboratoire de la police fédérale des produits récoltés par le biais de différents réactifs voire d’une lampe infrarouge.
« In fine, en fonction de la quantité et de la nature de la matière trouvée, il y aura généralement une transaction à payer ou un avis de magistrat qui sera fait pour déterminer quelle sera la suite à donner (audition, privation de liberté, mise à l’instruction…), précise Louise Verhille, substitut du procureur du Roi de Mons, et représentante du ministère public ce mercredi à Dour. Cela débouchera donc soit sur une transaction à payer si les quantités restent raisonnables, soit sur une procédure judiciaire à l’encontre de la personne suspectée. »
Les transactions peuvent être effectuées immédiatement, sur place, ou dans les quinze jours. « 85% des contrevenants font le choix de payer directement, constate Frédéric Bariseau. Les autres ont la possibilité de payer dans les quinze jours qui suivent, par virement. En cas de refus de ces deux options, la logique veut que les individus soient cités devant le tribunal correctionnel. »
Quelques instants plus tard, première illustration : des agents arrivent avec l’information suivante : un homme a été intercepté avec, sur lui, plus de 3 grammes de kétamine, quelque 2 grammes de cocaïne ainsi que 34 pilules d’XTC. L’intéressé ne présente pas d’indice de vente et argue d’une consommation personnelle pour les cinq jours du festival. Une procédure accélérée est envisagée.
Cinq minutes sont passées quand une autre personne, qui a tenté d’entrer sur le site avec un peu trop de champignons hallucinogènes, se voit désignée par un des chiens. Deux cas où la police s’en est remis à la magistrate présente sur place pour connaître la marche à suivre.
A titre d’illustration, lors de l’édition 2024, nonobstant les contrôles routiers en amont du site, le travail des forces de l’ordre avait permis de saisir 381 grammes de marijuana, 4 timbres de LSD, 41 grammes de cocaïne, 489 pilules d’XTC, 66 grammes de MDMA, 62 grammes de résine de cannabis, 44 joints, 6 grammes de 2-CB, 82 grammes de kétamine, etc. Car certains bagages contiennent parfois quelques substances prohibées…
« Etre sur le terrain permet de découvrir par soi-même comment tout se déroule, de voir le travail des policiers (qui sont habituellement nos yeux et nos oreilles), conclut Louise Verhille, son brassard du ministère public au bras. L’on sait ainsi directement ce qu’il se passe. La communication des informations est ainsi plus rapide et de meilleure qualité. Et notre travail d’autant plus efficace. »